Qui a écrit C’était ça ou mourir ? Son auteur, Thélyson Orélien, répond depuis le 13 octobre qu’il l’a écrit seul et qu’aucune phrase n’est sortie d’une machine. Il reconnaît en revanche d’anciens plagiats. L’affaire, qui a déjà coûté au roman sa place dans la sélection du Goncourt, pose une vieille question de ce blog sous une forme nouvelle : à qui appartiennent les mots qu’on signe ?
- 21 septembre : le compte X « Balance ton Claude » accuse le roman d’avoir été largement produit par une IA.
- 25 septembre : l’Académie Goncourt retire le livre de sa première sélection.
- 13 octobre : l’auteur nie tout recours à l’IA pour l’écriture, mais admet des plagiats passés.
- Le prix Renaudot garde le roman parmi les neuf titres de sa deuxième sélection.
Les points :
Que reproche-t-on exactement au roman ? #
Deux choses distinctes, qu’il faut séparer. La première est une accusation d’écriture par intelligence artificielle. Elle est partie le 21 septembre du compte X « Balance ton Claude », co-créé par l’essayiste Samuel Fitoussi, qui a passé des extraits du livre au logiciel américain de détection Pangram, selon Livres Hebdo.
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La seconde touche au plagiat. Le quotidien québécois La Presse a révélé qu’une chronique publiée par Orélien en 2013 était, presque en entier, une traduction à peine remaniée d’un article du Philippine Star. C’est cette révélation qui a conduit les éditions du Boréal, son éditeur canadien, à suspendre la tournée de promotion le 25 septembre.
Pourquoi le Goncourt a-t-il retiré le livre ? #
Le 25 septembre, l’Académie Goncourt a sorti le roman de sa première sélection. Son communiqué, cité par Livres Hebdo, invoque à la fois « les plagiats dont son auteur s’est rendu coupable au fil du temps » et les « résultats convergents de plusieurs analyses de chercheurs et journalistes dignes de foi ».
Selon ces analyses, le texte serait « selon toute vraisemblance très largement le produit d’une Intelligence Artificielle ». L’Académie dit vouloir « préserver l’intégrité du prix Goncourt » et « couronner la littérature écrite par des femmes et des hommes ». Elle précise envoyer ainsi un message aux jurys du Goncourt des lycéens, des détenus et du Choix Goncourt de l’étranger.
Le geste est d’autant plus notable que son président, Philippe Claudel, avait d’abord appelé à la prudence. Il disait n’avoir soupçonné l’usage d’une IA « à aucun moment » en lisant le roman, et réclamait des « preuves irréfutables » avant toute décision.
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Que répond Thélyson Orélien ? #
Dans un texte transmis à l’AFP et intitulé « Ce roman que j’ai écrit », relayé par Paris Match Belgique, l’auteur tranche : « Ce roman, je l’ai écrit moi-même. » Il admet avoir utilisé des outils pour ses recherches, notamment sur des idiomes étrangers, « mais aucune phrase de ce livre n’a été créée par une machine ».
Il qualifie l’accusation de « calomnie » et d’« hérésie ». Il affirme avoir commencé le texte à l’automne 2017 et achevé un premier jet en 2019, sans produire de pièce à l’appui pour l’instant. Sur les plagiats, le ton change : il reconnaît avoir « commis des erreurs inacceptables » après son arrivée au Canada, vers vingt ans. « Je le regrette profondément et présente mes excuses sans réserve », écrit-il.
Un détecteur peut-il dire qui a écrit une phrase ? #
C’est le cœur du débat, et il dépasse ce livre. Un logiciel comme Pangram ne lit pas une intention : il mesure des régularités statistiques dans un texte et rend une probabilité. Le Goncourt ne s’est d’ailleurs pas appuyé sur un seul outil, mais sur des analyses qu’il dit « convergentes ».
Ce blog passe son temps à remonter à la source des phrases célèbres. On y a vu que Sherlock Holmes ne dit jamais « Élémentaire, mon cher Watson » dans les romans de Conan Doyle, et que Galilée n’a sans doute jamais prononcé « Et pourtant, elle tourne ». Dans ces cas, on compare un texte à des archives. Ici, il n’existe pas d’original à retrouver : la question n’est plus « qui l’a dit en premier ? » mais « qui a tenu la plume ? ».
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Le plagiat se prouve en mettant deux textes côte à côte, et c’est ce qu’a fait La Presse. L’écriture par une machine, elle, ne laisse pas de texte source à exhiber. D’où la prudence initiale de Philippe Claudel, et la colère de l’auteur, qui parle de menaces et de harcèlement raciste depuis le début de l’affaire.
Que devient le livre dans la course aux prix ? #
Le roman, publié chez Grasset, n’est plus en lice pour le Goncourt. Mais le jury du prix Renaudot l’a conservé parmi les neuf romans de sa deuxième sélection. Deux grands prix d’automne ont donc tiré deux conclusions opposées des mêmes soupçons, ce qui dit bien l’absence de règle partagée sur la question.
Les ventes, elles, n’ont pas fléchi : les chiffres NielsenIQ cités par la presse montrent un livre qui continue de progresser malgré la polémique. Thélyson Orélien a interrompu sa tournée française le 27 septembre.




